
Sur la couverture il est indiqué : « Meilleur roman français 2011- Lire ». J’ai beaucoup aimé Kampuchéa mais je ne dirais pas que ce soit un roman. C’est un ouvrage difficile à classer. Mais plutôt un récit de voyage, ou un livre d’histoire.
En 2009-2011, Patrick Deville est en Indochine : Cambodge, Vietnam, Laos. Il voyage à travers la région et en profite pour raconter l’histoire des lieux où il se trouve et des personnes qui ont fait cette histoire. Ses pérégrinations lui rappellent aussi des voyages plus anciens, en Amérique du sud notamment.
A Phnom Penh, on est en train de juger Douch, bourreau khmer rouge qui dirigea le centre de torture S21 où il fut responsable de la mort de milliers de personnes. Patrick Deville évoque alors ces années de terreur quand l’Angkar, l’Organisation, distillait ses slogans : « Nous savons que parmi vous se cachent encore des officiers, des militaires, des fonctionnaires, des étudiants, des ingénieurs ! Mais nous arriverons à les connaître et les tuerons tous ! »
Puis le procès est suspendu. Patrick Deville quitte alors la ville pour Angkor. C’est l’occasion de raconter la vie de Henri Mouhot qui en découvrit les ruines en 1860. Quand il remonte le Mékong, il nous présente Garnier et Lagrée qui explorèrent le fleuve à la fin du 19° siècle. Puis Auguste Pavie qui traça les frontières du Laos, lesquelles sont encore en vigueur aujourd’hui.
Le charme et en même temps la difficulté de l’ouvrage c’est que tout ceci suit les déplacements vagabonds de l’auteur : un coup le 20° siècle, puis le 19°, puis de nouveau le 20°. Une fois le Cambodge, le Vietnam, le Laos et retour au Cambodge. Si on n’a pas quelques références chronologiques, on peut facilement s’y perdre. C’est pareil pour la géographie. J’ai sorti un atlas, je l’ai ouvert à la page Asie du sud-est et ça m’a facilité la lecture. Cependant Patrick Deville, lui, ne s’égare pas en route et tient le fil de son récit. On retrouve des clins d’oeil au lecteur suivis tout au long de la lecture, ce que j’ai trouvé très plaisant.
Il me reste à ajouter que Patrick Deville a un vrai talent de conteur, qu’il rend passionnant tout ce dont il s’empare, que c’est fort bien écrit et souvent très amusant. L’auteur se met parfois un peu en avant mais je ne lui en veux pas tellement tout cela est fait intelligemment. Kampuchéa est pour moi une très belle découverte d’un auteur que je ne connaissais pas. Je voulais lire Peste et choléra mais celui-ci coûtait moins cher. Maintenant je vais explorer plus à fond l’oeuvre de Patrick Deville. Dont Peste et choléra.