Medz yeghern, le grand mal, c’est en arménien, le nom du génocide de 1915. La bande dessinée présente l’histoire de plusieurs personnages. Aram Olivyan, engagé volontaire, est laissé pour mort lors du massacre des soldats arméniens de son bataillon. Il est ensuite caché et sauvé par un Turc, Murat. Les circonstances amènent les deux jeunes gens à s’engager dans un groupe résistant qui combat les troupes turques sur le Moussa Dagh.
Après avoir vu sa famille se faire massacrer, Sona Kechiyan a été entraînée dans une marche de la mort jusqu’à Alep. Les routes de ces trois personnages finiront par se croiser. L’auteur nous présente aussi les coulisses du génocide. Nous croisons ceux qui l’ont organisé et ceux qui ont essayé de lutter contre, notamment Armin T. Wegner (personnage réel) un soldat allemand qui a porté témoignage des massacres par la photographie. L’auteur évoque enfin le procès de Sogomon Tehlirian, Arménien rescapé du génocide et qui assassina, à Berlin en 1921, Talaat Pacha, le ministre de l’intérieur du gouvernement jeune turc en 1915.
Medz Yeghern est donc un ouvrage très complet et intéressant sur le sujet. Les dessins en noir et blanc rendent bien compte de l’horreur des violences et des massacres.
Le livre de poche réédite en un seul volume la trilogie berlinoise de Philip Kerr, trois romans policiers dont l’action se situe dans l’Allemagne nazie et après sa chute, en 1936, 38 et 47.
1) L’été de cristal : Dans L’été de cristal, nous faisons connaissance avec Bernhard Gunther, ex-flic devenu détective privé. Il est chargé par un riche homme d’affaire de découvrir qui a assassiné sa fille et son gendre et, par la même occasion, dérobé un précieux collier de diamants. En parallèle il est aussi prié par Goering de retrouver une personne disparue. Le lecteur découvrira, sans beaucoup de surprise, que les deux affaires sont liées. Son enquête va amener Bernie à croiser la route de la pègre berlinoise. Je retrouve là un milieu découvert dans Le poisson mouillé.
J’ai moyennement apprécié cet ouvrage. Nous avons un héros désabusé, qui fait de l’humour grinçant mais je trouve que, à force, cela fait un peu procédé. Une ou deux scènes de sexe cru qui n’apportent pas grand chose de plus. Le cadre historique est celui d’un régime nazi déjà bien installé (on est en 1936, au moment des jeux olympiques). Bernie n’est absolument pas un partisan de ce régime mais, comme tout le monde, il fait le salut hitlérien si on le lui demande. Je n’apprends pas grand chose de nouveau. Je lis cette aventure facilement néanmoins. J’attends un peu avant d’entreprendre le deuxième épisode.
2) La pâle figure : Je retrouve Bernhard Gunther deux ans plus tard (deux ans pour lui, pour moi ça fait à peine dix jours). Nous sommes en 1938 et l’Allemagne nazie se prépare à annexer les Sudètes, région de la Tchécoslovaquie. Et juste après ce sera le pogrome de la nuit de cristal.
Les ingrédients sont presque les mêmes que dans le premier épisode : deux enquêtes menées en parallèle, l’une pour une cliente privée (il s’agit de découvrir qui la fait chanter) et l’autre pour les autorités. Cette fois c’est Heydrich qui le recrute et il s’agit d’arrêter le tueur en série qui a violé et assassiné quatre jeunes filles aryennes. Au milieu de tout cela Bernie trimballe ses vannes d’homme revenu de tout et l’auteur nous en aligne jusqu’à quatre par page. Il y en a parfois d’amusantes sur le tas mais parfois aussi ça tape à côté.
Bernie n’aime toujours pas les nazis mais il s’est habitué à leur présence et c’est automatiquement qu’il fait le salut hitlérien maintenant. Quant à moi, tout en en voyant les points faibles, je suis accrochée dès le départ par cette histoire et j’y passe mon dimanche.
3) Un requiem allemand : L’action se déroule cette fois en 1947, juste avant le blocus de Berlin-ouest par les Soviétiques. Bernie est maintenant marié. Nous découvrons petit à petit qu’il a terminé la guerre dans un camp de prisonniers de guerre des Russes et que depuis qu’il est rentré les relations sont difficiles avec sa femme, d’autant plus qu’il la soupçonne de monnayer ses faveurs à l’occupant américain pour arrondir les fins de mois. Leurs coupons alimentaires ne représentent en effet que 3500 calories par jour pour deux personnes. La proposition d’aller enquêter à Vienne est donc accueillie favorablement par Bernie qui y voit l’occasion de mettre un peu de distance entre lui et Kirsten. Il s’agit de prouver l’innocence d’Emil Becker, ancien collègue de Bernie, accusé d’avoir abattu le capitaine Lindon, officier américain, chasseur de nazis.
Comme l’Allemagne, l’Autriche est alors occupée militairement par les vainqueurs de la guerre, Américains, Britanniques, Français et Soviétiques. Vienne est le théâtre d’intenses luttes de pouvoir. Partout des espions : Soviétiques, Américains, agents doubles, souvent les mêmes qui trafiquent aussi dans le marché noir généré par les pénuries. Au milieu de tout cela il faut rajouter les anciens nazis qui travaillent à réécrire leur passé et des chasseurs de nazis aux objectifs pas toujours clairs : « Je n’avais aucune envie d’aider un gouvernement qui pendait des nazis les lundis, mardis et mercredis, et qui en recrutait dans ses services de renseignements les jeudis, vendredis et samedis. » dit le héros au sujet des Etats-Unis.
Une époque bien trouble donc et j’en ai apprécié la description, l’enquête n’étant qu’un prétexte pour nous balader au milieu de ce panier de crabes.
Bilan général : ça valait le coup de continuer jusqu’au bout puisque, semble-t-il, cette Trilogie berlinoise se bonifie en avançant. Ca n’est pas une révélation littéraire non plus.
A Pékin dans les années 30, Lao Li est fonctionnaire au ministère des finances. Sur les conseils de son collègue Zhang Dage, il fait venir de la campagne sa femme et ses enfants pour vivre avec lui. En plus de son travail au ministère, Zhang Dage joue aussi un rôle d’entremetteur en arrangeant des mariages. Il a donc à coeur que les unions de ses proches durent. Or le divorce est très à la mode à cette époque et plusieurs des collègues de Zhang et de Li envisagent d’échanger leur vieille épouse contre une jeune concubine. Li quant à lui rêve de poésie et aimerait connaître l’amour.
Ce roman nous présente une petite société de fonctionnaires dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne se tuent pas à la tâche. Le seul qui semble prendre son travail au sérieux c’est Lao Li. Sinon il s’agit surtout d’organiser des repas et de médire aux dépends de ceux qui -comme Lao Li- n’ont pas de répondant. Des complots sont organisés par l’insupportable Xiao Zhao :
« Xiao Zhao avait pour seul principe de ne pas en avoir. Primo, il n’avait aucune conviction religieuse ; secundo, il n’avait pas de sens moral ; tertio, il ne croyait à aucune doctrine politique ; quarto, il ne trouvait pas nécessaire que l’homme eût une conscience ; enfin, quinto, il se considérait comme délié de toute obligation vis à vis de ses semblables. »
Je découvre aussi une administration où la corruption est coutumière : on obtient une affectation ou une promotion grâce à ses relations. Même le médecin est arrivé à sa place de cette façon.
J’ai plutôt apprécié cet ouvrage que j’ai cependant trouvé déconcertant. Déconcertant par la société qu’il dépeint, aux relations très formelles. Au fond de lui Lao Li prétend se moquer de tout cela et de ce que l’on peut penser de lui mais il est aussi très velléitaire et finalement se comporte comme les autres. Je le trouve parfois un peu agaçant. Je suis aussi déconcertée par la langue dans laquelle du vocabulaire familier fait des apparitions inopinées.
Dans le petit village de Three Pines, à une heure de route de Montréal, juste avant Thanksgiving, Jane Neal, institutrice à la retraite est retrouvée morte. Elle a été tuée par une flèche (on chasse à l’arc au Québec). S’agit-il d’un accident de chasse ou d’un meurtre? L’inspecteur-chef Armand Gamache, dépêché de Montréal, s’installe à l’auberge du village avec son équipe.
J’ai beaucoup aimé ce roman. L’intérêt s’installe doucement et il faut un peu de temps pour que cela démarre mais une fois que j’ai été prise j’ai eu du mal à le lâcher avant la fin. Pour moi l’intérêt principal réside dans l’analyse psychologique des personnages que j’ai trouvés très justes. Les protagonistes sont amenés à se poser des questions sur ce qui les fait agir et réagir, on suit leurs pensées et on pourrait très bien se mettre à leur place. J’ai particulièrement apprécié Clara Morrow, meilleure amie en deuil de la victime et Yvette Nichol, jeune stagiaire sous les ordres de Gamache, imbue d’elle-même et tellement anxieuse de donner une image positive qu’elle en accumule bêtise sur bêtise.
L’enquête policière aussi est bien menée avec un suspense maintenu jusqu’à la fin et une chute qui ne me déçoit pas. Enfin il y a le cadre sympathique de ce village bobo de la couronne périurbaine de Montréal, essentiellement peuplé par des « Anglos ». Nature morte est le premier d’une série policière qui en compte déjà trois. Aucun doute que je m’intéresserai de nouveau aux enquêtes d’Armand Gamache.
Les Kandiah et les Vallipuram sont deux familles aisées du Sri-Lanka et dont une partie des membres ont migré aux Etats-Unis où ils sont médecins ou professeurs d’université. Colombo-Chicago nous raconte, sur trois générations, les histoires d’amour et de mariage de certains des membres de ces deux familles. Il est question de la volonté de conserver ses traditions et de la difficulté de les faire vivre dans un pays où elles ne sont pas adaptées au mode de vie. Ainsi du mariage arrangé qui nous est présenté comme menant le plus souvent les conjoints à la frustration, quand ce n’est pas à des sentiments négatifs plus violents, dès lors que la famille élargie n’est plus là pour faire tampon entre les époux.
Voilà quelque chose qui pourrait être intéressant mais qui manque son but à mon sens car les personnages sont traités trop rapidement et on saute ensuite à un suivant, sans avoir vraiment eu le temps de faire connaissance. L’arbre généalogique placé en début du roman est bien utile pour retrouver qui est qui. Ca n’est pas ennuyeux à lire mais ça ne me laissera pas un souvenir impérissable. C’est d’autant plus dommage que, à en croire les remerciements en fin d’ouvrage, l’auteure a passé pas mal de temps sur ce projet.
Sera est Parsie, elle est veuve et elle appartient à la bourgeoisie de Bombay. Depuis plus de vingt ans Sera emploie à son service Bhima. Bhima habite dans un bidonville et elle élève sa petite-fille, Maya, depuis la mort des parents de celle-ci. Sera est une bonne patronne. Elle fait des cadeaux à Bhima et Maya, une barre de chocolat, un sari, paie les soins si elles sont malades et, maintenant que Maya a grandit, finance ses études à l’université. Ces études sont la fierté et le rêve de Bhima. Elle imagine que Maya échappera ainsi au sort qui est le sien mais tout est bouleversé quand Maya se retrouve enceinte. En cherchant le responsable, Bhima va constater une fois de plus à quel point le sort des pauvres et illettrés est précaire.
Les événements qu’elles vivent amènent les deux femmes à se souvenir de leur passé et des souffrances qu’elles ont traversées. Sera non plus n’a pas été épargnée avec une belle-mère tyrannique et un mari violent. Après vingt ans de fréquentation quotidienne, qu’est-ce qui les uni ? Que pèse leur relation face à la classe, la caste, à la famille ?
Voilà un roman que j’ai lu facilement et que j’ai plutôt apprécié. Je trouve intéressant le personnage de Bhima, une femme forte malgré l’adversité. Cependant il m’a semblé que l’auteure avait tiré un peu trop sur la corde pathétique, même si l’histoire se termine sur une note positive avec l’idée que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.
Devenu adolescent, le narrateur de Sang impur a des envies d’émancipation. Quand il n’est pas à l’école il travaille pour un patron pécheur dans un petit port de Dublin. A la maison, les tensions sont parfois vives avec un père qui refuse que la culture anglaise entre sous son toit (un disque de John Lennon, par exemple) mais la mère est là pour les amener à régler leurs différends pacifiquement.
J’ai retrouvé dans cet ouvrage ce qui avait fait mon plaisir dans Sang impur. Pas de péripéties remarquables mais seulement les sentiments de la vie quotidienne avec les attentes de l’adolescence, l’importance des amitiés de cette époque, une écriture poétique et une nostalgie douce.
Minuit, impasse du Cadran, au pied de la butte Montmartre. Un homme est assassiné, égorgé au moyen d’une canne épée. Bientôt un deuxième meurtre similaire a lieu, puis un troisième… Autour des cadavres sont chaque fois disposés des objets évoquant la fuite du temps. Il faut dire qu’en ce mois d’octobre 1899 certains pensent que la fin du monde est proche. Les crimes ont-ils un lien avec les élucubrations du père Barnave, un ancien cocher, alcoolique, qui annonce la collision imminente de la terre avec une météorite ?
Sollicités par leur habituel ennemi, le commissaire Augustin Valmy, Victor Legris et Joseph Pignot mènent l’enquête en tentant de se cacher de leurs compagnes respectives qui ne sont pas dupes. La lecture de ce nouvel épisode de leurs aventures m’a plue et m’a donné envie de flâner dans Paris. Ca tombe bien, je vais très bientôt aller y passer quelques jours.
Par un petit matin de décembre, William Monk et son adjoint Orme découvrent au bord de la Tamise, dans le quartier mal famé de Limehouse, le corps d’une femme atrocement mutilé : elle a été éventrée. L’enquête permet de déterminer qu’il s’agissait de Zelia Gadney, une femme entretenue par le dr Joel Lambourn, lequel s’est suicidé deux mois plus tôt. Y aurait-il un lien entre ces deux morts violentes ?
A la recherche de la vérité, Monk va découvrir le grave problème que pose le commerce de l’opium en cette deuxième moitié du 19° siècle. A cette époque c’est le seul analgésique connu, qui entre dans la composition de nombreux médicaments en vente libre dans les épiceries de quartier. Tout le monde l’utilise : « Pour les maux de tête, maux d’estomac, insomnies, le bébé qui braille, qui fait ses dents, et les vieux pour les rhumatismes. » Le problème c’est que ces poudres que l’on dissout dans un liquide sont dosées de façon irrégulière, coupées d’autres produits non mentionnés et que cela occasionne parfois des accidents. Plus grave, certains viennent de découvrir que l’opium directement injecté dans les veines provoquait une rapide dépendance. Un terrible trafic de drogue est en train de s’installer, profitant du vide juridique.
Dans cette enquête, en plus de William et Hester Monk, je retrouve avec grand plaisir l’avocat Oliver Rathbone dans le rôle du défenseur de la veuve injustement accusée. J’ai dévoré cet ouvrage en moins d’une semaine.
Trois personnalités se suicident successivement de manière publique : un homme d’affaires, un député et un journaliste télé. Le commissaire Kostas Charitos ne croit pas à une coïncidence. En congé maladie après une blessure reçue dans l’exercice de ses fonctions il reprend officieusement du service pour percer le mystère de ces morts spectaculaires.
L’affaire se déroule à la veille des jeux olympiques. Athènes est en ébullition. A la fois parce que c’est la canicule et parce que l’on se demande si les installations seront prêtes à temps. En attendant, les nombreux chantiers dans la capitale rendent la circulation particulièrement pénible surtout pour qui, comme le commissaire Charitos, n’a pas la climatisation dans sa voiture. Le commissaire est un personnage sympathique qui se querelle régulièrement avec son épouse Adriani d’autant plus que celle-ci, fine cuisinière, prétend, sous prétexte de sa convalescence, le priver des légumes farcis dont il est friand. L’enquête est donc bien venue pour échapper à l’emprise d’Adriani.
Le journal Le Monde a publié en août 2012 une série sur la crise en Europe vue par les auteurs de romans policiers. L’article sur le Grec Petros Markaris (15 août 2012) a plus particulièrement attiré mon attention. Il était particulièrement sévère sur la façon dont son pays est géré. Dans ce roman il nous présente la fraude fiscale comme un sport national : « Tout Grec se respectant qui ne soit pas intimement convaincu que le Trésor public le plume comme une volaille et n’éprouve pas le besoin de lui rendre la monnaie de sa pièce est soit un fou furieux soit un Bulgare. »
Il est aussi question de subventions européennes détournées et d’un groupuscule nationaliste xénophobe.
Une façon agréable de découvrir de l’intérieur un pays dans lequel un séjour touristique ne permet que de voir la surface.