Le héros de ce roman policier est un médecin ayurvédique de caste brahmanique que tout le monde surnomme Doc. Il est invité à séjourner chez la famille Dâs, éditeurs depuis trois générations à Calcutta. Peu de temps après son arrivée les deux filles Dâs, Urvashî et Tilottamâ ainsi que Girish, le mari de Urvs, sont retrouvés assassinés. Puis Pramod, le mari de Tilo, se suicide. Est-ce un aveu de culpabilité et l’affaire est-elle réglée ? Pas si simple…
J’ai trouvé l’enquête policière guère palpitante et le personnage de Doc trop peu étoffé. Pour moi l’intérêt principal de ce roman réside dans la description de la ville de Calcutta et de son intelligentsia. J’ai appris que la capitale du Bengale était une ville de culture aux nombreuses librairies. Les informations sont parfois apportées de façon un peu lourdement didactique mais dans l’ensemble c’est plutôt intéressant. A lire sans doute avant, pendant ou après un voyage à Calcutta. Le brahmane Doc mène d’autres enquêtes et d’après les titres chacune semble se dérouler dans une ville différente d’Inde.
Elevé par un père autoritaire qui le brutalisait et le rabaissait et qui terrorisait aussi sa mère, Mukundan a quitté son village natal dès l’âge de 18 ans pour échapper à une existence haïe. Cependant, devenu enfin indépendant, il ne s’est jamais marié, vivant en colocation avec des collègues de travail. A 58 ans il prend sa retraite et, par la force des choses, retourne s’installer dans la maison familiale.
Là il est tourmenté par le fantôme de sa mère dont il se reproche la mort accidentelle quelques années plus tôt. Il rencontre Bhasi, peintre en bâtiment avec qui il se lie d’amitié et qui va l’aider à exorciser ses démons. Il fait la connaissance d’Anjana dont il tombe amoureux.
Mais si Mukundan a besoin de relations affectueuses il rêve aussi de reconnaissance sociale. Il aimerait, comme son père, plus que son père, être reconnu au village comme un notable. Les circonstances vont mettre en balance la notoriété d’un côté, l’amour et l’amitié de l’autre. Entre les deux, Mukundan devra faire un choix.
Dans ce roman, comme dans Compartiment pour dames, Anita Nair nous présente un personnage arrivé à un tournant de sa vie. Pour Mukundan c’est le moment de cesser de subir son éducation et de devenir enfin acteur de son destin. L’auteur nous montre aussi qu’on peut progresser à tout âge. J’ai bien aimé.
L’histoire se passe dans l’Inde britannique, à la fin du 19° siècle. Kim, un orphelin d’origine irlandaise, vit d’expédients dans les rues de Lahore où tout le monde le prend pour un Indien. Par désoeuvrement il se fait le disciple d’un lama tibétain à la recherche de la rivière sacrée qui lui permettra de s’affranchir de la Roue des Choses (du cycle des réincarnations- c’est un moine bouddhiste). Les voilà partis sur les routes de l’Inde, Kim mendiant la nourriture du vieil homme.
En route, ils croisent un régiment de soldats irlandais et Kim est reconnu comme le fils de Kimball O’Hara. Il est alors envoyé dans un lycée pour y recevoir une éducation digne de ses origines. Kim a attiré l’attention d’un officier des services secrets qui a compris tout le parti qu’il pouvait tirer d’un garçon débrouillard, capable de se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Et le renseignement, avec ce qu’il implique de roublardise et d’adresse, tente Kim. Il accepte donc de rester au lycée mais à chaque période de vacances il repart sur les routes avec son lama à qui il s’est attaché comme à un père.
J’ai beaucoup aimé ce roman d’aventures et de formation. Rudyard Kipling écrit bien, ne dédaignant pas de se moquer des uns et des autres. Un peu de misogynie, une dose de supériorité à l’égard des basses castes, pas mal de mépris pour les Européens qui ne comprennent pas un mot d’Hindoustani. On sent bien que le personnage de Kim est son idéal : le Blanc totalement assimilé qui manie la langue locale jusque dans ses tournures argotiques, qui s’accroupit par terre et mange avec la main. Mais Blanc quand même car en même temps qu’il y a beaucoup d’amour pour l’Inde il y a aussi des préjugés raciaux. Enfin, les pérégrinations de Kim sont l’occasion de nous donner de belles descriptions des gens et des lieux :
« Par endroits les croisaient ou les rejoignaient des villages entiers, en toilettes de fête à l’occasion de quelque foire locale, les femmes avec leurs bébés sur la hanche, marchant derrière les hommes, les garçons plus âgés piaffant à cheval sur des cannes à sucre, traînant de petites locomotives grossièrement modelées en cuivre comme on en vend pour un sou, ou envoyant le soleil au visage de leurs aînés avec des miroirs de pacotille. On voyait, au premier coup d’oeil, ce que chacun avait acheté, et, s’il restait un doute, il suffisait d’observer les femmes qui comparaient, en tendant leurs bras bruns, les bracelets neufs de verre mat qui viennent du Nord-Ouest. Ceux-là, les gens de frairies, cheminaient sans hâte, s’interpellant, s’arrêtant pour barguigner avec des marchands de sucreries, ou expédier une prière à quelqu’un des sanctuaires du bord de la route -ceux-ci hindous, ceux-là musulmans- mais que les castes inférieures de l’une et l’autre religion partagent avec une louable impartialité. »
Dans un quartier chaud de Calcutta, la photographe américaine Zana Briski enseigne la photo à un groupe de sept ou huit enfants d’une douzaine d’années, fils et filles de prostituées. Dans cet excellent documentaire, plusieurs fois primé, nous les voyons photographiant leur quartier, leurs proches, leur vie. A côté de cela les filles sont déjà de vraies travailleuses : elles s’occupent des plus jeunes, font la vaisselle, sont de corvée d’eau.
Les logements sont de petits immeubles. A chaque étage une petite pièce par famille qui donne sur une galerie intérieure et une cour. Quand maman travaille, les enfants montent sur le toit. Dans la journée les femmes s’interpellent, se disputent, s’insultent d’un étage à l’autre. Il y a des pères mais on ne les entend pas, certains sont drogués au dernier degré. Dans cet environnement les enfants sont prématurément mûris. Une fille annonce sur un ton grave et résigné : « Les autres femmes me demandent quand je vais les rejoindre. Elles disent que ça sera bientôt mon tour. »
Mais on les voit aussi joyeux et se comportant comme n’importe quels enfants à l’occasion d’une sortie à l’extérieur pour prendre des photos. Ils se gavent de friandises dans le car, ils reprennent en choeur les chansons qui passent à la radio et ils découvrent enfin la mer.
Bien sûr Zana Briski s’est attachée à ces enfants et a tenté de les arracher à leur sort, ce qui n’a pas été sans peine. Leurs photos ont été vendues aux enchères aux Etats-Unis pour financer des études en internat. A la fin du film on apprend que parmi ceux que leurs parents ont accepté de scolariser, trois vont encore à l’école. Les autres ont abandonné. Mais l’histoire ne s’arrête pas là car Zana Briski a continué son travail formidable dans ce quartier. Le site du film donne un bilan plus positif deux ans après. Et Avijit qui disait : « Le mot espoir ne fait pas partie de mon avenir » est aujourd’hui étudiant aux Etats-Unis.
Dans ce récit Taslima Nasreen nous raconte son enfance entre la fin des années 60 et le début des années 70. Avant et après la guerre d’indépendance du Bangladesh en 1971 jusqu’en 1975, au moment de l’assassinat du président du pays, le cheikh Mujibur Rahman.
Taslima Nasreen grandit entre un père médecin, très autoritaire, qui entend que ses quatre enfants étudient et réussissent bien à l’école pour lui faire honneur et une mère qui se console des infidélités de son mari en se jetant à corps perdu dans la religion. Pour cette femme tombée sous la coupe d’un pîr (un saint homme) qui se conduit comme un chef de secte, les études ne servent qu’à attacher au monde périssable alors que le seul comportement raisonnable devrait être de préparer son passage dans l’au-delà par une pratique religieuse assidue. Entre les injonctions contradictoires de son père et de sa mère la jeune Nasreen cherche tous les espaces de liberté possibles, trouvant refuge dans la littérature et la poésie.
C’est une enfant introvertie et timide qui observe le monde qui l’entoure. Elle est prompte à relever les contradictions entre les paroles et les actes, particulièrement en ce qui concerne la religion. Elle repère rapidement les pratiques hypocrites, destinées avant tout à impressionner l’entourage. Elle interroge souvent sa mère à ce sujet ce qui lui vaut d’être qualifiée de démon et d’impie.
J’ai beaucoup apprécié ce récit. A travers son histoire Taslima Nasreen nous présente un panorama de la société bengalie d’il y a 35 ans. C’est une société violente où les conflits se règlent par les coups. Les victimes en sont généralement les plus faibles : femmes, enfants, domestiques. Nasreen et ses frères et soeurs sont souvent battus par des parents qui les utilisent comme intermédiaires pour régler leurs différends. On entend parler de femmes tuées par leurs maris sans que ceux-ci semblent le moins du monde inquiétés.
C’est une société où les femmes sont soumises par l’islam et par les traditions régionales. Les mariages de fillettes sont arrangés alors qu’elles sont à l’école et le lendemain elles s’en vont vivre dans la famille de leur mari : « Maman avait encore l’âge de jouer à la poupée quand on la maria à mon père, sans lui demander son avis. Au début, il lui arrivait d’insister auprès de son mari pour qu’il l’emmène à la fête foraine, faire des tours de manège, acheter des poupées, justement. Mais ces goûts enfantins durent bientôt lui passer lorsqu’elle se retrouva, vite fait, mère d’un petit garçon, tout en chair et en os. » En fait, pour une jeune femme, le mariage est une union avec ses beaux-parents plutôt qu’avec son mari. C’est le beau-père qui choisit sa bru et qu’elle soit jeune permet à la belle-famille de terminer son éducation et de la façonner à sa guise. On voit ainsi la tante de l’auteur, jeune fille enjouée, devenir une dévote voilée après son mariage avec le fils du pîr. Nasreen échappe au mariage précoce parce que son père veut qu’un de ses enfants soit médecin et que ses deux frères aînés ont échoué dans cette voie.
C’est une société encore pleine de superstitions et de croyances dans des forces mauvaises : « Si une fille était mordue par un chien, la mère de Grand-mère, notre arrière-grand-mère maternelle, connaissait un médicament pour éviter que la victime ne tombe enceinte de chiots. On le préparait en introduisant dans une banane d’une qualité particulière quelque chose de mystérieux qui ressemblait à un piment rond. Pour assurer l’efficacité de ce médicament dont la fabrication demeurait secrète, il ne fallait pas manger une autre de ce genre de banane pendant trois mois. On était ainsi assuré de ne pas mettre bas une portée de chiots. On venait souvent demander à notre arrière-grand-mère de préparer cette concoction. » L’imagination vive de Nasreen est fortement impressionnée par les histoires de fantômes et de djinns qu’elle entend et qui la font trembler de peur.
Le récit se termine en 1975 qui correspond pour l’auteur à l’époque de ses premières règles. J’aimerais beaucoup lire la suite de son autobiographie.
En 1885 à Mandalay, en Birmanie, Rajkumar, un orphelin indien d’une douzaine d’années assiste à la prise de la ville par les britanniques. A la suite de la population locale il pénètre dans le palais royal, le palais des miroirs, pour tenter d’y récupérer quelque bien précieux. Là, il croise la reine et surtout une de ses suivantes, Dolly, une fillette de dix ans d’une grande beauté.
Tandis que Dolly suit la famille royale dans son exil en Inde, Rajkumar fait fortune dans le commerce du teck. Vingt ans après leur première rencontre, il part à la recherche de Dolly.
A la suite de Rajkumar, de Dolly puis de leurs descendants nous voyageons à travers la Birmanie, la Malaisie et l’Inde pendant tout le 20° siècle. C’est là pour moi le principal intérêt de cette oeuvre d’Amitav Gosh que de nous présenter une fresque de l’histoire du sous-continent.
J’ai trouvé ce roman pas toujours bien écrit et pas toujours bien raconté mais fort bien documenté. J’ai particulièrement apprécié les péripéties qui se déroulent pendant la seconde guerre mondiale. Alors que la Birmanie puis la Malaisie sont envahies par les Japonais, des populations civiles fuient à travers la jungle dans des conditions très difficiles. Dans le même temps des sous-officiers indiens de l’armée britannique commencent à se poser des questions sur leur engagement. L’Angleterre leur sera-t-elle reconnaissante d’avoir risqué leur vie pour son empire ? A cette époque certains d’entre eux vont se tourner vers la lutte pour l’indépendance. Le palais des miroirs m’a permis de découvrir des événements méconnus par moi.
Voici un passionnant ouvrage de vulgarisation sur les castes. Qu’est-ce qu’une caste ? Quelle est l’origine des castes ? Comment les castes évoluent-elles et quel rôle jouent-elles dans le monde contemporain ? L’auteur présente et commente les différentes réponses qui ont été apportées à ces questions par différents ethnologues. Ca m’a intéressée de découvrir les bases d’une science que je ne fréquente pas du tout habituellement et j’ai trouvé Robert Deliège tout à fait accessible à la néophyte que je suis et en même temps pointu.
Voici ce que j’ai retenu : les castes ne sont pas comptabilisées précisément mais on peut estimer leur nombre à plusieurs centaines. Certaines castes sont elle-mêmes divisées en sous-castes. Leur extension géographique peut être régionale ou nationale.
Les membres d’une caste considèrent que leur sang est différent de celui des membres d’autres castes. Comme des races ou des espèces animales. C’est pourquoi la règle d’endogamie (le fait de se marier entre soi) est particulièrement importante. Robert Deliège affirme même que c’est la caractéristique de la caste qui a le mieux résisté au temps, qu’elle se maintient voire se renforce à la fin du 20° siècle. Dans un monde moderne qui change rapidement cette endogamie peut offrir un cadre de solidarité rassurant. Appartenir à une caste c’est appartenir à une grande famille.
Enfin le système des castes peut parfaitement s’accommoder de mouvements contestataires qu’il s’empresse aussitôt de transformer en castes (la caste des sans-castes!). D’ailleurs le plus souvent les mouvements de caste ne dénoncent pas le système en tant que tel mais plutôt leur propre position au sein de ce système. Ils agissent de façon à faire « monter » leur caste, à la rendre plus honorable (c’est possible, il faut pour cela adopter les comportements des castes supérieures).
Le système des castes apparaît donc comme particulièrement vivant et vivace, sachant s’adapter à son époque. Il est loin de disparaître.
L’histoire se passe entre la fin des années 1970 et le début des années 1980 à Colombo, capitale du Sri Lanka, dans une famille chrétienne de la minorité tamoule. Arjie, le narrateur, est un drôle de garçon. A sept ans, le dimanche chez ses grands-parents, il préfère tenir le rôle de la mariée dans les jeux de sa soeur et de ses cousines que disputer des parties de cricket en plein soleil avec son frère et ses cousins.
En grandissant Arjie prend d’abord conscience que sa différence gêne sa famille puis découvre son homosexualité dans un pays où la chose est niée ou considérée comme une monstruosité. Dans le même temps les tensions entre Tamouls et Cingalais s’exacerbent et donnent lieu à toujours plus de violence. Bientôt ont lieu des émeutes anti-Tamouls à Colombo et la famille d’Arjie est menacée.
J’ai beaucoup apprécié ce récit fort bien écrit. Les premiers souvenirs d’Arjie sont pleins d’une nostalgie qui renvoie à l’innocence de l’enfance.Le narrateur apparaît comme un petit garçon puis un adolescent intelligent et sensible. Shyam Selvadurai fait avancer en parallèle la découverte par Arjie de son homosexualité et des violences ethniques qui secouent son pays et menacent les personnes qui lui sont proches.
Dans ce livre Muhammad Yunus, économiste du Bangladesh, prix Nobel de la paix en 2006 raconte comment il a conçu et mis en oeuvre son projet de « banque pour les pauvres » et quels résultats ont d’ores et déjà été obtenus grâce à cette entreprise.
En 1974 le Bangladesh a été frappé par une terrible famine. A cette occasion le professeur Yunus et certains de ses étudiants se sont intéressés aux conditions de vie des habitants de Jobra, village voisin de leur université. Ils découvrent alors que les plus démunis sont contraints d’emprunter à des usuriers qui profitent de leur faiblesse et les maintiennent dans une situation de dépendance. Yunus est convaincu que si on leur prêtait à des conditions équitables, de petites sommes pourraient permettre à nombre d’entre eux de s’extraire de la plus grande misère. C’est à partir de là qu’il conçoit, petit à petit, le projet de la banque Grameen.
Je passe sur les étapes qui l’ont mené de l’expérimentation dans un village à la généralisation dans tout le pays puis à l’exportation vers le reste du monde pour aborder les deux points qui m’ont le plus intéressée dans cette lecture.
1) Ca marche ! La banque Grameen travaille aujourd’hui avec 36 000 villages soit plus de la moitié des communes rurales du Bangladesh. Les prêts sont en moyenne de 150$ par emprunteur. En dix ans la moitié des emprunteurs se sont hissés au dessus du seuil de pauvreté et 25% sont prêts à le franchir. « En abordant la lutte contre la pauvreté dans une optique de marché on a permis à des millions d’individus de s’en sortir dans la dignité. »
2) La découverte de la société villageoise bengalie, corsetée par les archaïsmes, l’obscurantisme, l’islamisme. La place des femmes y est particulièrement dépendante et pourtant c’est à elles que Yunus s’est d’abord adressé (94% des emprunteurs de Grameen sont des femmes). Pour cela il a fallu lutter contre tous ces -ismes avec beaucoup de patience mais le résultat est probant. « Etre pauvre au Bangladesh est dur pour tout le monde, mais ce l’est davantage encore quand on est une femme. Et lorsque les femmes se voient offrir une possibilité de s’en sortir, si modeste soit-elle, elles s’avèrent plus combatives que les hommes. » De plus elles sont plus attentives à assurer l’avenir de leurs enfants. « L’argent, quand il est utilisé par une femme dans un ménage, profite davantage à l’ensemble de la famille que lorsqu’il est utilisé par un homme. » J’avais déjà lu ailleurs que partout le développement passait mieux par les femmes.
En terminant ce livre je suis surtout surprise que Muhammad Yunus ne soit pas plus connu que ça. Il me semble qu’on a un peu parlé de lui à l’occasion de la remise de son prix Nobel mais c’est tout. C’est un personnage aux idées peu conventionnelles. Il raconte qu’un professeur communiste lui a dit un jour : « En fait, vous donnez de petites doses d’opium aux pauvres pour qu’ils se désintéressent des problèmes globaux. Avec vos prêts solidaires ils dorment sur leurs deux oreilles et ne font aucun bruit. Leur zèle révolutionnaire se tarit. Grameen est l’ennemi de la révolution. » Comme si la révolution était un but en soi ! Avec Grameen Yunus réalise une révolution au quotidien et obtient des résultats.
A la rencontre du sous-continent Les hindous croient que le temps est cyclique (en hindi « kal » signifie à la fois « hier » et « demain »). Selon cette théorie le temps serait divisé en quatre grandes ères qui durent chacune des milliers d’années. La première est l’Age de la perfection puis chaque nouvel Age représente une période de détérioration morale et sociale accrue pour arriver finalement au quatrième et au pire : l’Age de Kali. Durant cette période les hommes se complairont dans toutes sortes de péchés. Ils tromperont leurs proches à la seule fin d’amasser argent et plaisir personnel. Ils finiront par vivre dans des grottes, l’espérance de vie se réduira et l’humanité sera au bord de l’anéantissement. Après cela le temps repartira pour un nouveau tour en recommençant tout depuis le début. Vous l’avez peut-être deviné, aujourd’hui nous sommes dans l’âge de Kali.
William Dalrymple qui a longtemps vécu en Inde et voyagé dans tout le sous-continent a réuni dans L’Age de Kali une vingtaine d’articles parus séparément dans différents journaux et revues. Cette sélection montre que l’Inde traverse en effet l’Age de Kali. Nombre d’articles sont terrifiants.
Les articles sont classés par régions. La lecture démarre dans le nord arriéré où les hommes politiques corrompus font régner la terreur. Les élections législatives de 1993 ont ainsi permi à 150 repris de justice aux casiers judiciaires chargés d’être élus dans l’Uttar Pradesh. On passe ensuite au Rajasthan agité par la guerre des castes.
Bombay et Bangalore apparaissent comme des vitrines de l’Inde moderne. Cependant dans cette dernière ville, en 1997, le nouveau Kentucky Fried Chicken a été mis à sac par des paysans membres de l’Association des agriculteurs du Karnataka en guerre contre l’invasion des compagnies étrangères et qui vantaient les vertus des « bons masalas dosas ». William Dalrymple est un peu ironique par rapport à cette action : il n’y a qu’en Inde qu’on peut voir cela. « Le Kentucky Fried Chicken n’est sans doute pas une cuisine de gourmet, mais il faut une sensibilité culturelle exacerbée pour voir, dans le fast-food, une insulte à l’honneur national. » Pourtant cette histoire m’a fait penser au démontage du Mc Do de Millau en 1999 mené par José Bové pour protester contre le capitalisme apatride et la malbouffe. A Bangalore William Dalrymple nous montre aussi que ce genre d’action flirte avec le nationalisme et la xénophobie.
La lecture de Sur le sentier du tigre m’a fait découvrir la situation dramatique du Sri Lanka frappé par une guerre civile meurtrière. Je n’ai pas l’impression d’avoir jamais rien vu sur ce pays dans la presse française et je vais y faire plus attention à l’avenir.
Enfin l’auteur nous emmène au Pakistan, pays qui apparaît comme sauvage et où de grandes portions de territoire sont sous l’autorité de chefs tribaux.
Au total il y a des choses intéressantes même si c’est inégal. Le format des articles donne des chapitres assez courts donc faciles à lire mais parfois aussi j’aurais aimé que le sujet soit plus creusé. Il faut signaler aussi que le livre a déjà dix ans et qu’il porte sur un pays où certaines choses bougent vite à l’heure actuelle (mais pas tout, ce que montre l’auteur). William Dalrymple a rencontré plusieurs personnes âgées qui avaient connu l’Inde britannique dans laquelle ils appartenaient à la classe supérieure, aristocratie ou administration et qui disent à quel point c’était mieux avant. Je ne suis pas sure que ces gens soient représentatifs de l’ensemble de la population. Enfin, William Dalrymple a un talent pour donner de belles descriptions de paysages. En le lisant j’ai eu alors l’impression d’y être ou l’envie d’y aller, malgré tout.